Bali n’est pas qu’une île de plages dorées et de temples suspendus dans la jungle. C’est aussi un laboratoire géologique à ciel ouvert, où les volcans, encore actifs, sculptent des paysages d’une dramaturgie rare. Les 5 randonnées volcaniques à Bali pour débutants et experts que nous avons arpentées révèlent une autre facette de l’île des dieux : des pentes couvertes de cendres noires, des lacs de cratère aux reflets turquoise, et des villages où l’on vous servira un kopi balis épicé après l’effort. Ici, chaque ascension est une plongée dans l’âme balinaise, entre défi physique et spiritualité omniprésente.
Que vous soyez un randonneur du dimanche ou un traileur en quête d’adrénaline, Bali propose des itinéraires adaptés, souvent jalonné de warungs (échope locales) où déguster des sate lilit — ces brochettes de poisson marinées au lait de coco — ou des jaja uli, ces gâteaux de riz colorés vendus dans des feuilles de bananier. Mais attention : les volcans ici ne sont pas de simples décor. Le Gunung Agung, sacré et redouté, ou le Mont Batur, star des levers de soleil, exigent respect et préparation. Et puis, il y a ces moments où, après une montée harassante, un vieux prêtre vous offre une feuille de canang sari en murmurant une prière… Bienvenue dans un trek où la sueur se mêle à l’encens.
Du Mont Batur au Gunung Catur : des volcans accessibles aux paysages surréalistes
Commençons par l’incontournable : le Mont Batur (1 717 m), dont la randonnée nocturne est devenue un rite of passage pour les visiteurs. Le sentier, bien balisé, serpente à travers une forêt de pins avant de déboucher sur un champ de lave noirâtre, héritage de l’éruption de 1963. Au sommet, alors que le ciel passe du bleu nuit à l’orange sanguine, les guides locaux — souvent d’anciens paysans reconvertis — vous serviront des œufs durs cuits à la vapeur des fumerolles. Un petit-déjeuner volcanique, littéralement. À vos pieds, le lac Batur, bordé de villages où l’on tisse encore des songket (étoffes traditionnelles), rappelle que la vie prospère malgré les colères de la terre.
Moins fréquenté mais tout aussi captivant, le Gunung Catur (2 096 m) offre une alternative plus sauvage. Son cratère abrite un lac sacré, le Danau Bratan, où les Balinais viennent déposer des offrandes lors de la cérémonie du Melasti (purification avant le Nouvel An balinais). La montée, plus technique que celle du Batur, traverse des hutan (forêts) denses où poussent des kecap manis (arbres à sauce soja locale). En redescendant, arrêtez-vous à Bedugul pour goûter aux bubur mengguh, une soupe de maïs et de haricots, typique des hauteurs fraîches. Ici, le tourisme se marie encore avec une authenticité préservée — à condition de éviter les groupes organisés qui transforment parfois ces lieux en selfie factories.
Découvrez Bali et l’Indonésie avec ce guide expert ! Explorez les incontournables balinais : caldeira du mont Batur, rizières en terrasses, temples sacrés. Profitez d’itinéraires sur mesure dont « Le meilleur de Bali en 10 jours » ou circuits combinés Java-Bali-Sulawesi. Activités familiales : balades ornithologiques, plongée aux Gili, exploration de la jungle. Bonnes adresses pour tous budgets : restaurants, hébergements, sorties. Coups de cœur : baignade avec les poissons à Bunaken, expéditions en pirogue. Cartes détaillées des sites étoilés. Couvre 6 régions pour une immersion complète !
Nous vous suggérons ce livre en lien avec nos thématiques. L’achat via ce lien nous permet de toucher une petite commission, sans coût supplémentaire pour vous.
Il est 2h30 du matin, et Ubud dort encore, enveloppée dans cette douceur humide qui colle aux épaules comme une seconde peau. Les warung (échope de rue) ont fermé leurs volets en bambou depuis des heures, les offrandes de fleurs et d’encens (canang sari) déposées sur les trottoirs commencent à se faner sous la rosée. Vous, en revanche, vous êtes déjà debout, un café balinais serré (kopi tubruk, aussi noir que le sable de Padang Padang) à la main, en route vers le point de départ pour l’ascension du Mont Batur au lever du soleil.
Le trajet depuis Ubud jusqu’à Toyung Bungkah (le village de départ) est une odyssée en soi : des routes sinueuses bordées de rizières en terrasses (subak, classées au patrimoine de l’UNESCO), où les grenouilles coassent en chœur comme une fanfare désaccordée. Votre chauffeur, un certain Wayan (parce qu’à Bali, 70% des hommes s’appellent Wayan, Putu ou Ketut), vous raconte entre deux virages que le Batur est un gunung suci — un volcan sacré. « Les dieux y vivent encore, » lance-t-il en riant, avant d’ajouter, plus sérieux : « Mais ils aiment bien les touristes. Surtout ceux qui montent avant l’aube. »
L’ascension elle-même est un trekking modéré (1 717 mètres d’altitude, 2 à 3 heures de montée), mais ne vous y trompez pas : la pente est raide, le sol volcanique glissant sous les pieds, et l’air se raréfie à mesure que l’on grimpe. Les guides locaux, souvent d’anciens paysans reconvertis, vous tendent des bâtons en bambou taillés sur place. « Équipement nécessaire pour randonnée volcanique à Bali ? » demande l’un d’eux en anglais approximatif. « Des chaussures qui tiennent la cheville, une veste chaude — oui, même sous les tropiques —, et une lampe frontale. Le reste, c’est dans la tête. » Autour de vous, des groupes de randonneurs indonésiens, australiens ou européens avancent en file indienne, éclairés par des faisceaux tremblotants. L’odeur de soufre monte des fissures du volcan, mêlée à celle, plus douce, des kue lapis (gâteaux à la noix de coco) que certains portent dans leurs sacs pour le petit-déjeuner.
Arrivé en haut, le spectacle est à couper le souffle : le ciel passe du noir d’encre à un dégradé de rose et d’orange, comme si un peintre balinais avait renversé sa palette sur l’horizon. En contrebas, le lac Batur — un danau (lac) sacré — miroite sous les premières lueurs, encadré par les falaises de la caldeira. Les guides sortent des paniers en osier remplis d’œufs durs cuits dans les fumaroles du volcan, de bananes frites (pisang goreng), et de kopi Bali servi dans des tasses en aluminium cabossées. Pour 40€ en moyenne, vous avez droit à ce petit-déjeuner surréaliste, à 1 700 mètres d’altitude, avec une vue qui justifie à elle seule le réveil aux aurores.
Si le Batur est le gentleman des volcans balinais, le Mont Agung est son cousin rebelle, celui qui vous regarde de haut en se demandant si vous allez tenir la distance. Avec ses 3 031 mètres, c’est le point culminant de l’île, un géant endormi qui a connu sa dernière éruption en 2019, rappelant aux locaux que les dieux — ici, Mahadeva, la manifestation balinaise de Shiva — ne sont pas à prendre à la légère. Le trekking modéré dans la caldeira du Mont Agung (comptez 5 heures aller-retour) est une affaire sérieuse : départ depuis Pura Pasar Agung, un temple perdu dans la jungle, avec des passages où il faut escalader des rochers à mains nues, slalomer entre des buissons d’edelweiss de Java (oui, ils poussent ici), et affronter un vent qui vous gifle comme un gamelan mal accordé.
Les Balinais appellent l’Agung « la montagne qui touche le ciel », et ce n’est pas une métaphore. Par temps clair, depuis le sommet, on voit jusqu’à Lombok et aux îles Gili. Mais attention : la météo est capricieuse, et les nuages peuvent tout boucher en cinq minutes. Les guides locaux, souvent des anciens pêcheurs de Besakih (le village temple au pied de l’Agung), insistent pour partir à minuit afin d’arriver à temps pour le lever du soleil. « Si vous voyez les étoiles et la Voie lactée, c’est bon signe, » explique Made, un guide aux mains calleuses. « Si vous entendez les singes hurler, moins. » (Note : les macaques balinais sont des voleurs notoires. Accrochez bien votre sac.)
Contrairement au Batur, où le tourisme de masse a adouci les angles, l’Agung reste une expérience raw. Peu de stands de souvenirs, pas de selfie sticks en plastique, juste vous, la montagne, et peut-être un vieux prêtre balinais en route pour déposer des offrandes au temple de Pura Besakih, accroché à flanc de volcan comme un nid d’aigle. Les locaux considèrent cette ascension comme un pèlerinage autant que comme une randonnée. « On ne monte pas l’Agung pour le fun, » résume Nyoman, un artisan de Celuk (le village des orfèvres) venu ici pour la troisième fois. « On monte pour se prouver quelque chose. Ou pour demander quelque chose aux dieux. » (Son vœu à lui ? Que ses fils continuent l’artisanat familial au lieu de partir travailler dans les hôtels de Seminyak.)
« À Bali, les montagnes ne sont pas juste des paysages. Ce sont des autels. Le Batur, c’est comme un canang sari — beau, accessible, pour tous les jours. L’Agung, c’est le grand sacrifice, comme un galungan [fête balinaise majeure] : ça demande de la préparation, du respect, et après, tu te sens… purifié. »
Emmener des enfants sur le Batur ? Oui, mais… À partir de 8-10 ans, si ils ont l’habitude de marcher et que vous choisissez un trekking modéré avec un guide patient (demandez Kadek à l’agence Bali Sunrise Trekking, il a un talent pour distraire les kids avec des histoires de singes voleurs). Le sentier est large, les pauses fréquentes, et la récompense — un petit-déjeuner cuit à la vapeur volcanique — est un argument imparable. Les ados adorent l’aspect « aventure nocturne », et les parents apprécient la logistique simple (départ depuis Ubud, retour avant midi).
L’Agung, en revanche, est un non catégorique pour les moins de 15 ans (et même là, il faut y réfléchir à deux fois). La durée (5 heures de marche intense), l’altitude, et les passages techniques en font une épreuve de force mentale autant que physique. Sans compter que les toilettes les plus proches sont… eh bien, inexistantes. « J’ai vu des parents essayer avec des enfants de 12 ans, » soupire Wayan, un guide. « Résultat ? Des crises de larmes à 2 500 mètres, et des portesurs qui doivent redescendre avec un gamin sur le dos. » Si votre famille a absolument besoin de défier un géant, optez pour une randonnée dans les rizières de Jatiluwih ou une visite des temples de Tirta Empul — bien moins risqué, et tout aussi mémorable.
Oubliez les tongs et les shorts en lin. Une randonnée nocturne sur un volcan, même sous les tropiques, exige un minimum de préparation. Voici la liste validée par les guides locaux (et par mes propres erreurs) :
- Chaussures de randonnée : semelle cramponnée obligatoire (le sol volcanique est traître). Les Balinais montent souvent en sandales, mais eux ont des pieds en acier forgé par des siècles de marche en rizières.
- Veste chaude et couches : il fait 10°C au sommet du Batur à l’aube. L’Agung, lui, peut descendre à 5°C avec un vent à décorner les buffles. Un sarong (écharpe traditionnelle) peut servir de protection supplémentaire — et accessoirement, de couverture pour s’asseoir sur les rochers.
- Lampe frontale + piles de rechange : les sentiers ne sont pas éclairés, et votre téléphone ne suffira pas. Les guides en ont souvent en rab, mais mieux vaut éviter de dépendre d’eux.
- Eau (2L minimum) et snacks énergétiques : les kue locaux sont délicieux, mais un mélange de noix et de fruits secs évite les coups de pompe. Évitez l’alcool la veille (oui, même le arak, cette eau-de-vie de riz qui coule à flots dans les warung).
- Crème solaire et chapeau : paradoxalement, le soleil tape dur dès 7h. Les Balinais protègent leur peau avec des parasols en papier huilé — une technique à adopter.
- Argent liquide (IDR) : pour les pourboires (50 000 IDR pour un guide, c’est poli), les petits-déjeuners improvisés, ou les offrandes si vous visitez un temple en chemin.
Un détail souvent oublié : un sarong (tissu traditionnel) pour couvrir vos épaules et vos genoux si vous entrez dans un temple. Les locaux vous prêteront souvent le leur, mais apporter le vôtre — surtout s’il est tissé à la main à Tenganan (le village des geringsing, ces étoffes sacrées) — est un geste apprécié. Et si vous avez de la place, glissez un petit cadeau pour les enfants des villages : des crayons, des cahiers, ou des ballons. « Les touristes donnent souvent des bonbons, » explique Nyoman. « Mais après, les gamins ont des caries, et les parents doivent payer le dentiste. » (Logique implacable.)
Parlons argent. Une randonnée nocturne avec petit-déjeuner au sommet coûte entre 35€ et 50€ selon l’agence (le prix moyen tourne autour de 40€). Pour ce tarif, vous avez droit à :
- Le transport aller-retour depuis Ubud (ou Kuta/Seminyak, avec un supplément).
- Un guide local (parfois deux pour les groupes).
- Une lampe frontale et un bâton en bambou.
- Le petit-déjeuner au sommet (œufs, bananes, kue, café/thé).
- L’entrée au parc national (pour l’Agung).
Ce qui n’est pas inclus : les pourboires, l’équipement personnel, et votre dignité quand vous glissez sur une pierre volcanique devant 20 inconnus.
Derrière cette industrie bien huilée se cache une économie locale complexe. Les agences basées à Ubud ou Canggu sous-traitent souvent aux coopératives de villages comme Toyung Bungkah ou Besakih. « Avant, on vivait de l’agriculture, » explique Ketut, un guide de 50 ans. « Maintenant, 80% des revenus du village viennent du trekking. Les jeunes ne veulent plus planter du riz. Ils veulent être guides. » Résultat : une compétition féroce entre agences, avec des prix tirés vers le bas et des conditions parfois précaires pour les porteurs (qui montent parfois avec 20 kg de nourriture sur le dos pour 5€ la journée).
Alors, comment randonner éthiquement ? Choisissez des agences locales (comme Bali Eco Trekking ou Agung Volcano Trekking, gérées par des coopératives de villages), payez un prix juste (méfiez-vous des offres à 20€), et engagez la conversation avec votre guide. Demandez-lui d’où il vient, combien d’enfants il a, s’il connaît des artisans dans son village. Achète un sarong ou un ukiran (sculpture sur bois) directement à lui plutôt que dans une boutique d’Ubud. « Les touristes qui posent des questions, ce sont ceux qu’on se souvient, » confie Made. « Pas ceux qui montent, prennent une photo, et redescendent. »
Les volcans balinais ne sont pas juste des défis sportifs ou des décors instagrammables. Ce sont des lieux où se joue, depuis des siècles, le dialogue entre les humains et le divin. En redescendant du Batur, vous croiserez peut-être une procession de femmes en kebaya (robe traditionnelle) portant des offrandes vers Pura Ulun Danu Batur, le temple au bord du lac. À l’Agung, vous tomberez sur des prêtres en train de réciter des mantras en sanskrit balinais, un mélange unique de bouddhisme, d’hindouisme et d’animisme local.
Et puis, il y a les histoires. Comme celle de I Gusti Ngurah Rai, le héros national balinais qui, en 1906, a mené une résistance désespérée contre les colons néerlandais avant de se suicider rituellement (puputan) plutôt que de se rendre. Aujourd’hui, son nom est partout : sur les statues, les rues, et même l’aéroport de Denpasar. Les guides aiment raconter comment, pendant l’éruption de l’Agung en 1963 (qui fit 1 500 morts), les Balinais ont interprété la catastrophe comme un signe de colère divine — avant de reconstruire leurs villages avec une résilience qui force l’admiration.
Alors, quand vous sirotterez votre kopi Bali au sommet, en regardant le soleil se lever sur les rizières, souvenez-vous : vous n’êtes pas juste un touriste en vacances. Vous êtes un maillon éphémère d’une chaîne bien plus longue — celle des pèlerins, des paysans, des prêtres et des rêveurs qui, depuis des générations, gravissent ces montagnes pour y chercher quelque chose. Que ce soit la bénédiction des dieux, une photo parfaite, ou simplement le souffle coupé devant la beauté du monde.
Quand Bali vous murmure des secrets et que La Gomera vous hurle des vérités : deux îles, deux philosophies du voyage
Il y a des endroits où la terre respire encore, où les dieux semblent avoir laissé leurs empreintes dans la boue séchée des rizières ou sur les flancs escarpés des volcans. Bali, avec ses templiers d’Ubud qui dansent au rythme des gamelans, est de ceux-là. Mais attention : derrière les sourires polis et les offrandes de canang sari (ces petits paniers de feuilles de cocotier garnis de fleurs, de riz et d’encens) déposées chaque matin sur les trottoirs, se cache une île en pleine crise existentielle. Le tourisme de masse étouffe lentement les banjars (associations villageoises traditionnelles), tandis que les jeunes Balinais oscillent entre le désir de préserver leur héritage et l’appel des dollars faciles. Prenez le temps de discuter avec un pak (monsieur, en indonésien) qui sculpte des masques de Barong dans son atelier près de Batuan : il vous racontera comment son fils, diplômé en gestion hôtelière, rêve désormais de travailler à Singapore. Sedih (triste), murmure-t-il en polissant un morceau de bois de suar.
Puis il y a La Gomera, cette isla mágica des Canaries où le temps semble s’être enroulé autour des roques (formations rocheuses volcaniques) comme une vieille couverture trouée. Ici, pas de plages bondées ni de resorts clinquants – juste des sentiers de randonnée qui serpentent à travers des laurisilvas préhistoriques (forêts de lauriers tertiaires) et des villages où les habitants communiquent encore par silbo gomero, ce langage sifflé classé au patrimoine de l’UNESCO. À Valle Gran Rey, les guachinches (petits restaurants familiaux) servent des plats qui sentent la terre et la mer : des papas arrugadas (pommes de terre ridées cuites dans l’eau de mer) accompagnées de mojo rojo, une sauce piquante à base de piments molles cultivés localement. Le contraste avec les plages surpeuplées de Gran Canaria est violent – et c’est précisément ce qui rend La Gomera si précieuse. Ici, le tourisme est encore une invitación (invitation), pas une invasión.
Les deux îles partagent pourtant une obsession : le feu. À Bali, le Mont Agung, sacré et capricieux, gronde régulièrement ses 1 700 mètres de colère. Les Balinais lui offrent des sacrifices pour apaiser sa fureur, tandis que les touristes montent en jeep au lever du soleil pour prendre des selfies avec la caldeira en arrière-plan. À La Gomera, c’est le Parque Nacional de Garajonay qui porte les cicatrices des incendies de 2012, où 10 % de la forêt millénaire a été réduite en cendres. Les anciens du village de Chipude racontent que le feu était autrefois un allié – utilisé pour cuire le gofio (farine de maïs grillé) dans des hornos (fours) collectifs. Aujourd’hui, il est devenu une menace, alimentée par les étés de plus en plus secs. Deux îles, deux rapports au feu : l’une le vénère, l’autre le craint.
Ce qui frappe aussi, c’est la façon dont ces sociétés insulaires gèrent l’eau – ou plutôt, la manque. À Bali, les subaks (systèmes de gestion des rizières en terrasses) sont un chef-d’œuvre d’ingénierie sociale vieilles de plus de 1 000 ans, où l’eau est distribuée équitablement entre les fermiers selon un calendrier lunaire. Pourtant, dans le sud de l’île, les hôtels cinq étoiles pompent sans vergogne les nappes phréatiques, laissant les locaux avec des robinets à sec pendant la saison sèche. À La Gomera, l’eau est une obsession quotidienne : les aljibes (citernes creusées dans la roche volcanique) captent chaque goutte de pluie, et les femmes des villages comme El Cercado savent exactement quel puits donne la meilleure eau pour faire cuire les potajes (ragoûts de légumes et pois chiches). Ici, on ne gaspille pas. Là-bas, on prie pour que les dieux ne ferment pas le robinet.
Alors, comment choisir ? Voici ce que ces deux îles m’ont appris sur ce que je cherche vraiment quand je voyage – et ce que vous pourriez y trouver aussi :
- Pour les amoureux des contrastes brutaux : À Bali, passez une journée à méditer dans le Temple de Tirta Empul (où les pèlerins se purifient sous 13 sources sacrées) puis plongez dans le chaos joyeux du Night Market de Gianyar pour déguster des babi guling (cochons de lait rôtis) arrosés de tuak (alcool de palme). À La Gomera, alternez entre une randonnée silencieuse dans la Reserva Natural Integral de Benchijigua et une soirée arrosée de vino de la tierra (vin local non filtré) dans un bar de San Sebastián de La Gomera, où les pêcheurs racontent des histoires de tiburones (requins) en dialecte gomero.
- Pour ceux qui veulent comprendre la spiritualité (sans les clichés) : À Bali, assistez à une cérémonie de crémation (ngaben) dans un village près de Klungkung – bien loin des spectacles folkloriques organisés pour les touristes. À La Gomera, cherchez les piedras de moler (pierres à moudre préhispaniques) cachées dans les ravins : les Guanches, premiers habitants des Canaries, y broyaient le grain en faisant des offrandes à Chaxiraxi (la déesse mère). Les deux îles portent des traces de croyances qui résistent encore à l’assaut du modernisme.
- Pour les aventuriers gourmands : À Bali, oubliez les nasi goreng des warungs touristiques et traquez les lawars (salades de légumes, noix de coco et sang de poulet ou de canard) dans les échoppes de Bedulu. À La Gomera, goûtez le queso de cabra (fromage de chèvre affiné dans des feuilles de figuier) chez un quesero (fromager) des hauteurs d’Alto de Garajonay – et demandez-lui pourquoi il refuse de vendre ses produits aux supermarchés de Playa de Santiago.
- Pour ceux qui veulent voir comment le tourisme peut (ou non) sauver une culture : À Bali, visitez le Musée Neka à Ubud pour voir comment les artistes locaux transforment les mythes hindous en peintures modernes – puis allez discuter avec les artisans du village de Celuk, où la plupart des boutiques vendent désormais des bijoux « made in China ». À La Gomera, passez une journée avec les tisserands de El Cedro, qui perpétuent l’art du telar (métier à tisser traditionnel) avec de la laine teinte aux plantes locales… et demandez-leur combien de leurs enfants veulent reprendre le flambeau.
